Ce petit texte est le fruit d’une réflexion mené lors d’une session BAFD à Jambville, j’ai donc parlé quelques minutes sur ce thème, j’essaie dans les lignes qui suivent d’en faire apparaître les principaux points. Lors de ce moment de partage nous sommes partis de l’évangile de Jean (21, 15-19 – Entretien du ressuscité avec Pierre) et les participants étaient invités à répondre aux questions suivantes par groupe :

  • A quelles conditions j’accorde le pardon dans mon équipe ou ma maîtrise ?
  • Comment vivez-vous le pardon dans votre maitrise / équipe ?

 

Lors de la préparation de ce topo sur se réconcilier, je suis parti du constat que lorsque l’on ressent le besoin de se réconcilier, c’est qu’il y a frustration. Ainsi commence donc le topo en lui-même.

 

Face à un moment de frustration, on peut distinguer deux grandes attitudes qui nous tentent, ou qui au moins nous traversent :

  • attendre de l’autre qu’il fasse le premier pas,
  • aller vers lui pour en parler.

Comment nous l’avons rappelé précédemment si je veux ou si je ressens le besoin de me réconcilier c’est que derrière il y a frustration. Cela dit je ne me réconcilie pas avec une plante ou un objet, cela paraîtrait absurde, mais bel et bien TOUJOURS avec quelqu’un.

Revenons à nos deux attitudes, la première, attendre, n’aide clairement pas à avancer, elle n’aide pas à la résolution du conflit car parfois l’autre se rend compte qu’il blesse et n’en a rien à faire. En fait cette attitude me renferme sur moi, et je suis alors tenté d’aller jusqu’à effacer l’autre de ma vie ; je rumine.

Prenons innocemment l’exemple de la vache, elle mange pendant plusieurs heures puis rumine pendant encore plus longtemps. Ce temps de rumination dégrade les aliments afin qu’elle puisse en absorber les nutriments (seconde attitude) mais de l’autre côté quelque chose de se forme… des excréments et du méthane ! et lorsqu’elle se lâche ça sent très mauvais ‼

Et voilà où je veux en venir, pour chacun de nous les moments de frustrations peuvent nous aider à grandir, à mieux apprivoiser l’autre mais si nous nous mettons dans une position trop portée sur la phase mauvaise de cette rumination, si nous gardons tout pour nous, alors, pas le choix, ça sent mauvais aussi bien pour moi que pour l’autre. En effet, d’une part pour moi car cela me détruit et casse ou entame ma relation avec l’autre et d’autre part pour l’autre puisque je l’empêche de grandir. En gros on pourrait dire que je me ruine de l’intérieur et je ruine mon intériorité.

La seconde solution a, je crois, une issue plus positive. Elle invite chacun à se positionner de manière vraiment juste. Je m’ouvre à l’autre et grandit. L’accueil de l’autre c’est donc aussi savoir aller le voir et mettre avec lui les choses au clair. Saint Benoît dans sa règle écrit d’ailleurs quelque chose comme cela : ne va pas te coucher si tu as quelque chose contre ton frère, et Saint Paul avant disait aussi Si vous êtes en colère, ne tombez pas dans le péché ; que le soleil ne se couche pas sur votre colère (Ep 4, 26).

 

Mais finalement ce que je viens de dire tout le monde est invité à le faire pour le bien de tous… alors qu’elle est l’attitude chrétienne dans tout cela ?

 

      Avant tout je dois être prêt à donner mon pardon même si la personne ne le reçoit pas. – Cependant par mesure de précautions, personnellement, j’attends que la tension baisse un peu histoire que les mots ne dépassent pas la pensée. – Et si je veux aller plus loin encore, je dois aller dire que j’accorde mon pardon (pour une faute avéré !).

Le pardon est quelque chose de très fort et le mot l’exprime d’ailleurs de manière admirable. Si l’on prend seulement la construction du mot français on pourrait le diviser en deux : par / don. En effet le pardon est avant tout un don fait à l’autre et comme tout don il peut être refusé, réprimé, oublié ou jeté. C’est un acte tellement profond que l’autre peut ne pas le recevoir ou bien être totalement désemparé et ne savoir qu’en faire mais il peut aussi l’accepter et la relation recommence alors à fleurir. De plus comme don il est aussi sans espérance de retour. Lorsque je pardonne, je dois m’attendre à ne rien recevoir et peut-être même à pardonner dans le vide. Mais moi, j’aurai fait ma part et je dois laisser à la liberté de mon prochain de l’accepter ou non, il le fera peut-être immédiatement ou bien plus tard ; Dieu travaille les cœurs !

En ces temps de persécution des chrétiens, chacun est invité par Dieu à pardonner nos bourreaux et donc encore plus dur à les aimer. Ne chassons pas de notre mémoire le Christ sur la croix qui pardonne puis viendra Etienne premier des martyrs. Nous sommes invités à tout pardonner tout en essayant du mieux que nous pouvons de grandir et faire grandir.

La seconde attitude chrétienne serait, je pense, de savoir demander pardon à celui que j’ai blessé. Et c’est souvent très difficile, une épreuve pour certains. De plus si j’en reste à mon point de vue l’autre ne va rien retirer de ce pardon qu’il pourrait me donner ; mais ça c’est de mon point de vue ! Souvent je le fais pour moi alors que ça devrait être pour nous que je le fasse, et ce nous c’est moi et cette personne que j’ai blessé. On voit alors tout de suite apparaître ce que chacun en retire si c’est accepté : une meilleure relation ou amitié et une vie avec l’autre plus sereine. Je me dois donc comme chrétien d’aller demander pardon à cette personne.

Il est vrai que comme pour la première attitude je me mets presque à nu devant l’autre, je me mets en difficulté, je reconnais ma faiblesse et je me montre vulnérable. Pas simple. Quelqu’un me disait « je m’y mets au fur et à mesure ». Oui ! En fait cette démarche demande beaucoup d’humilité et rare sont les personnes qui sont de manière innée à ce point humble, nous avons besoin du travail de toute notre vie. Après ces difficultés se sont de nouvelles forces qui nous habitent rien que par le fait que l’on se sache capable de le faire, d’aller vers l’autre et c’est finalement une manière de s’entre-aider. Une manière de grandir aussi, d’avancer et pour moi qui suis chrétien d’avancer vers Dieu, vers Jésus qui me montre ce chemin.

La troisième attitude chrétienne serait, selon moi, de demander pardon à Dieu, pourquoi ? Et bien voilà en quelques mots.

Lorsque je blesse mon amour pour l’autre cela correspond à blesser l’amour que j’ai avec Dieu. Lorsque je blesse une relation, je blesse aussi celle que j’ai avec Dieu ; ma relation à Dieu. Dieu est source éternelle d’amour quelle qu’elle soit couple, amis, scoutisme… et donc blesser quelqu’un (que je l’aime ou pas) c’est aussi blesser l’amour que Dieu a pour nous. Dieu lui nous aime tous de manière égale qui ne varie pas dans le temps, que je sois croyant ou non n’a pas d’importance concernant cette distribution d’amour ; Lui il m’aime d’un amour sain et profond. Mais blesser cet amour c’est en fait être un obstacle à la réception de cet amour pour moi ou pour mon prochain.Accueil du prêtre

 

Voilà pourquoi chez les catholiques, le sacrement de la réconciliation n’est pas une option. Ce sacrement est à la fois se mettre en position de demander pardon et recevoir le pardon. Et pas n’importe lequel, celui de Dieu! Il participe pleinement à mon avancée dans la vie, à ma conversion et à mon chemin vers la sainteté. A lui seul ce sacrement demanderait un développement immense, presque aussi grand que l’amour que Dieu veut nous donner en nous le proposant et en faisant miséricorde. Sachons donc dire OUI à ce sacrement, je ne dois pas hésiter à aller voir un prêtre ! Et si je ne sais pas quoi dire, je dois simplement le partager.

 

Comme nous l’avons vu nous pouvons avoir bien des attitudes, des postures face à l’autre, à l’inconnu mais une chose est sûre : Dieu a besoin de nous. Il ne peut rien faire sans nous car il nous laisse libre à chaque instant, c’est ça aussi d’ailleurs l’amour de Dieu : être présent dans la liberté de l’homme. Il veut bien nous guider mais je dois lui présenter ma main. Il veut bien nous parler mais je dois ouvrir mes oreilles. Il veut bien faire battre notre cœur mais je dois lui laisser la place d’en être l’impulsion. Il veut bien tisser une amitié avec nous mais je dois me préparer à rencontrer une personne. Dieu est présent pour chacun de nous, je dois juste lui laisser la place, le passage !

Eléments bibliographiques :

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