Il est difficile d’émettre un jugement sur le mensonge. En effet en soi la chose est mauvaise et devrait être bannie de notre quotidien, pourtant comme le rappelle Luc-Thomas Somme c’est le premier péché. On peut par ailleurs le mettre aussi sous la citation de saint Paul « le bien que je veux, je ne le fais pas et le mal que je ne veux pas, je le fais ». Cela dit en ce qui concerne le mensonge l’arbitraire n’a pas toujours lieu. Il est vrai comme l’a montré l’auteur en traversant les siècles que chacun est amené à se forger sa propre opinion sur le sujet tout en gardant à l’esprit que la vérité est la plupart du temps la meilleure option. Quel discernement sommes-nous donc invités à faire ?

Selon notre propre expérience on peut distinguer trois grands types de mensonges. Celui qui est fait alors même que nous le croyons vrai, celui qui est fait pour tromper et celui qui est faire pour blesser le destinataire.
On ne peut pas considérer le premier comme un réel mensonge ou disons un péché puisque les trois conditions du mensonge selon Saint Thomas d’Aquin ne sont pas réunies : énoncé faux (fausseté matérielle), volonté d’exprimer cette fausseté (fausseté formelle) et intention de tromper (fausseté efficiente). Le manquement à la dernière condition étant suffisant pour ne pas considérer l’énonciation d’un énoncé faux comme un mensonge.
En ce qui concerne les deux suivant c’est une autre histoire, nous allons le voir un peu plus loin.
Avant tout il est bon de rappeler que plusieurs écoles de pensées s’affrontent dans ce discernement lié au mensonge, premier péché de l’homme. La première école nous dit que rien n’est plus important que la loi, la loi étant de ne pas dire de mensonge, chaque homme doit toujours dire la vérité. C’est la position de deux auteurs Saint Augustin, Saint Thomas d’Aquin.
Pour ces deux théologiens, le mensonge fait du mal à l’âme et chacun doit préserver son âme au maximum de la corruption du péché et donc du mensonge. Saint Thomas d’Aquin même si il mesure légèrement les propos de Saint Augustin ne cherche pas à éviter la vérité et indique que la vérité, dans la plupart des situations permet à l’homme de vivre heureux et en Dieu. Le mensonge est un moyen désordonné que l’homme se doit de bannir. Par ailleurs pour Kant même si la vérité est un devoir absolu, il divise les hommes entre ceux qui y ont droit et ceux qui n’y ont pas le droit. Ainsi la vérité est un devoir absolu si l’homme qui est en face à le droit de la connaître.
La seconde école prend le pied inverse, c’est la pensée de Vladimir Jankélévitch ; l’objectif est de ne pas blesser l’autre : le corps et l’âme de l’autre son plus important que ma propre âme. C’est à dire que chaque homme n’a pas le droit à la vérité si cela le bouleverse, on pense notamment aux malades. Le mensonge est alors en quelque sorte banalisé.
La troisième école met au centre la personne et le discernement. Ainsi ce n’est pas la loi absolument ou la personne uniquement, c’est un juste discernement entre les deux. Cela demande à chacun de s’instruire des circonstances, d’analyser l’environnement dans lequel la personne évolue et aussi de prendre des mesures pour annoncer la vérité. Le mensonge est alors ici utilisé pour protéger une ou plusieurs personnes de la mort ou d’autres conséquences irrémédiables.
Mais alors, petit ou gros mensonge ? Pour voir cela il faut reprendre ce que nous dit Saint Thomas d’Aquin sur le mensonge et notamment sa décomposition en fausseté matérielle, formelle et efficiente. Quand le mensonge est avéré il n’y a pas de petit ou de gros mensonge pour soi. Mais il peut y avoir des conséquences plus ou moins grave pour les autres et c’est cela qui peut d’une manière ou d’une autre augmenter la gravité du mensonge. Par ailleurs si le mensonge est fait dans des circonstances exceptionnelles, le mensonge est ce qu’il est, péché, mais mon âme en sera moins impactée de part ma décision fait en conscience sans remords pour aider ou sauver autrui. On peut aussi distinguer le mensonge fait par habitude ou le mensonge dans lequel on s’enferme. Le problème de celui-ci c’est qu’au début notre conscience nous alerte puis petit à petit celle-ci s’éteint (nous l’éteignons) jusqu’à ne plus voir le mal que nous nous faisons et celui que nous infligeons aux autres. Il est alors nécessaire de réveiller sa conscience mais cela peut s’avérer compliqué. Dans ces conditions là, le chrétien se doit d’aider son prochain à se réveiller en l’éclairant sur sa situation. Le mensonge étant mauvais pour l’âme, pour notre relation à Dieu, rien ni personne ne doit laisser un homme y tomber et ne plus en sortir.

Le mensonge appartient à notre vie d’homme dois-je l’accepter ? Oui et non !
D’une part oui l’homme doit accepter le mensonge dans sa vie car il se doit de le reconnaître chez lui et chez l’autre. Mais ce oui doit rester très rare. En effet tout homme à le droit à la vérité et protéger une personne de celle-ci est dans la plupart des cas non justifiable. Il est donc nécessaire de trouver à la fois les circonstances et les mots pour l’exprimer de manière juste.
D’autre part l’homme doit s’ouvrir à une analyse morale et chrétienne de la situation. Il se doit d’analyser ses informations et leur véracité, d’anticiper l’utilisation de cette vérité par le destinataire, d’anticiper les conséquences sur cette même personne ou encore sur elle-même ou ceux qui sont concernés.
Ce discernement moral implique tout l’homme, tout ce qu’il connaît, tout ce qu’il est et ce en quoi il croit. En effet certaines vérités ne sont pas bonnes à dire mais pour que sa décision se fasse en toute conscience, il doit réfléchir à tout ce que nous venons d’énumérer.
Pour finir prenons comme position finale celle que nous trouvons dans l’Évangile : « vous connaîtrez la vérité et la vérité fera de vous des hommes libres. ». Cette phrase ne s’applique pas seulement à celui qui reçoit la vérité mais aussi à celui qui l’énonce car en effet le péché enferme et enchaîne l’homme au mal alors que la vérité est l’œuvre de la Lumière qui éclaire nos vie et qui s’est donné sur la croix pour nous sauver du péché.

Pour conclure, il est important de comprendre que le mensonge n’est pas fictif et qu’il habite nos vies si nous le laissons faire. Il est donc important de toujours peser le pour et le contre du mensonge et non pas de peser le pour et le contre de la vérité. En effet dans cette seconde façon de penser, la vérité doit toujours dominée ; il n’y a pas de pour ou contre la vérité ! Notre décision doit se faire en conscience mais elle doit toujours être exprimée puisque certains silences peuvent coûter cher et exprimer en eux-mêmes la vérité. De plus si le choix est fait en conscience alors l’homme reste libre d’exprimer la vérité plus tard si il le juge plus opportun.

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