Cette question légitime je ne me l’étais jamais vraiment posé pourtant mes questions à propos de la Vierge Marie surtout autour de l’Immaculée Conception de celle-ci qui me paraissait bien plus complexe à comprendre ou en tout cas à expliquer. Mais puisqu’elle m’a été posée dernièrement, j’imagine que ces jeunes ne sont pas les seuls à se la poser. Marie est-elle vierge pour toujours ?

Je vais essayer d’articuler mon propos autour de trois grands axes. Le premier touchera à la personne de Jésus et à son influence dans celle de Marie, le second attaquera la question d’un point de vue de la relation qui existe entre Joseph et Marie, et pour finir nous essayerons de voir ce que nous dit la Tradition de l’Église.

1. Marie, mère de Jésus

        Pour commencer à expliquer cette histoire et surtout cette condition de Marie, il faut remonter quelque temps en arrière dans l’Ancien Testament. Dans cette partie de la Bible un certain nombre de livres 18 sont écrits par des prophètes[1]. Dans ces livres dit prophétiques les hommes de Dieu délivrent au peuple d’Israël des messages pour l’avenir. Ainsi dans le livre d’Isaïe répondant aux provocations d’Akhaz, le Seigneur par la bouche d’Isaïe fit cette prophétie : « Voici que la jeune femme est enceinte et enfante un fils et elle lui donnera le nom d’Emmanuel. » (Is 7, 14) On entend ici jeune femme que l’on interprète comme étant une femme vierge, c’est d’ailleurs ainsi que, dans l’évangile selon saint Matthieu la phrase est reprise : « Voici que le vierge concevra et enfantera un fils auquel on donnera le nom d’Emmanuel. » (Mt 1, 23). Cette prophétie n’est pas, contrairement aux apparences, centrée sur Marie même si elle nous donne des précisions sur elle. Non cette parole est centrée sur Jésus, sur l’Emmanuel car Marie est en quelque sorte ici un instrument de la venue du Christ ; sa vocation profonde est de mettre au monde et de soutenir ce fils, son Dieu dans sa vie terrestre. Il faut donc lorsque l’on parle des mystères de la foi qui entourent Marie changer notre regard et le faire légèrement tourner pour le centrer sur Jésus et non plus sur Marie.

     Marie dans sa rencontre avec l’ange Gabriel au début de l’évangile de saint Luc (Lc 1, 26-38) comprend que sa vocation personnelle est d’accueillir en elle le Sauveur. L’ange commence à parler et effraie Marie (qui ne l’aurait pas été) mais celui-ci la rassure ainsi : « Sois sans crainte, Marie, tu as trouvé grâce auprès de Dieu » (Lc 1, 30). Dans cette phrase l’ange lui dit qu’elle est choisie par Dieu. Si elle répond après que l’ange lui ait expliqué « Je suis la servante du Seigneur. Que tout se passe pour moi comme tu me l’as dit ! » (v.38) c’est qu’en elle cette réponse est la réponse naturelle à l’appel qu’elle dû toujours avoir. Marie mère de Jésus ChristCette réponse est essentielle pour la suite. Marie répond OUI, un oui sans contrainte, un oui qui vient du plus profond d’elle-même que personne ne pourrait lui retirer. Son OUI est un oui libre. Répondant ainsi au messager de Dieu, elle accepte librement le dessein que Dieu lui propose : recevoir le Sauveur des hommes, Son Fils[2]. Mais cela va bien au-delà, Marie répond pour l’humanité, par Marie tous les hommes répondent qu’ils sont prêts à accueillir le Sauveur. En effet Dieu ne prépare pas seulement la venue d’un Sauveur pour Marie ou pour le peuple d’Israël mais pour chacun des hommes de cette terre. C’est donc parce que le Fils de Dieu vient dans le monde, lui qui est sans tâche et non souillé par le péché qu’elle-même Marie reste vierge et préservée du péché. C’est cette réponse toute pure qui permet à Marie d’enfanter sans avoir connu (au sens biblique) d’homme, restant vierge.

Jésus venant au monde, Marie accomplie donc sa vocation toute entière et le souci qu’elle mettra dans la suite des ans montre bien qu’elle est toute donnée à ce fils qui, elle le sait, n’est pas seulement 100% homme ! Elle s’inquiètera – comme toutes les mères – lorsqu’il disparaitra (Lc 2, 48), elle lui demandera d’agir lorsqu’elle l’estimera bon (Jn 2, 1-12) et lorsqu’elle ne comprendra pas toutes ses paroles ou tous ses actes elle garda tous ces évènements dans son cœur (Lc 2, 31).

2. Marie, épouse de Joseph

        Aujourd’hui l’un des critères de validité du mariage – difficile à vérifier – est la consommation de celui-ci par les deux époux. Alors comment dire que Joseph et Marie sont mariés puisque si Marie est toujours vierge alors ils ne se sont jamais unis physiquement ?

Avant tout replaçons les choses dans leur contexte et rappelons qu’à l’époque, on ne vivait pas ensemble avant le mariage, et bien souvent, on ne vivait ensemble qu’après un certain temps alors même que le mariage était prononcé : les époux (surtout l’épouse) restant chez leurs parents afin de stabiliser leur situation ! Cela étant dit revenons à nos deux personnages, Marie et Joseph. L’un et l’autre ont eu la visite soit en songe soit physiquement d’un ange qui est venu leur parler de leur futur enfant que ni l’un ni l’autre n’aurait conçu de sa propre initiative. Est-ce que ce passage-là de leur vie n’influencerait pas nos deux personnages ? Ces visites ne font-elles pas de ce couple, un couple hors du commun ? Est-ce que nous pouvons la qualifier d’union classique ?

L’annonce de l’ange à Joseph en songe (Mt 1, 20) doit également se replacer dans le contexte de l’Écriture, des versets qui précèdent notamment. En effet les dix-sept premiers versets de cet évangile se concentrent sur la généalogie de Jésus. Joseph, homme juste (Mt 1, 19) – dont on parle très peu dans les évangiles – est de descendance davidique et donc royale même si le temps et les générations passant il est à ce moment-là charpentier. En effet ce ‘détail’ n’est pas à négliger car dans l’Ancien Testament, Dieu promet à David, malgré les manquements à sa mission, la royauté éternelle sur Israël ; le messie sera de sa descendance (2 S 7, 16). Ainsi de même que pour Marie, Joseph trouve ici un accomplissement de sa vocation d’homme ; l’ange vient lui apporter la réponse !

    Par ailleurs comment peut-on concevoir un couple qui s’abstienne alors même qu’ils vivent sous le même toit ? Dans ce couple hors du commun, la vocation de chacun rejoint la vocation de leur couple qui n’était pas spécifiquement de fonder une famille très nombreuse mais de fonder la famille dans laquelle Jésus puisse grandir en sainteté. Dans le cas, aussi bien de Marie que de Joseph, leur virginité – puisque l’on peut supposer que Joseph l’était également – est offerte à Dieu. Ce don – qui encore aujourd’hui n’est ni anodin ni rare – est en fait le signe extérieur du don total qu’un homme ou qu’une femme puisse faire à Dieu, et ce d’autant plus s’il est réalisé dans un couple. Par ailleurs l’abstinence n’implique pas que l’infécondité mais demande à ceux qui s’y tiennent et à ceux qui les entourent de comprendre que la fécondité de leur vie est à rechercher autre part et par exemple dans la disponibilité aux autres, dans la prière et dans la recherche de Dieu pour soi et pour les autres ; « sa mère retenait tous ces événements dans son cœur. » (Luc 2, 51 ; 2, 19). Cette partie est, je le conçois, pas simple à comprendre surtout dans ce monde où le matériel prend une place dominante et où le résultat que l’on peut voir, quantifier ou toucher est si important.

3. Marie et la Tradition

        La Tradition se distingue des traditions. Les traditions sont toutes ces choses qui changent dans le temps et qui évoluant s’adaptent plus ou moins bien à la société. La Tradition c’est autre chose, c’est beaucoup plus ancré dans le Christ et dans ce qu’il nous a transmis. Depuis Jésus deux traditions forment la Tradition, la tradition orale puis la tradition écrite qui ne se sont pas transmises en secret mais sur la place publique et qui nous sont parvenues principalement sous la forme écrite dans le Nouveau Testament. Plusieurs acteurs jouaient et jouent encore un rôle dans cette transmission. Avant tout les premiers disciples et les apôtres qui formèrent les premières communautés et qui ressentir le besoin, au-delà d’une transmission orale, d’écrire leur foi et les paroles de Jésus Christ. Puis suite à ces premières communautés d’autres sont venues s’y ajouter et grandir les rangs des croyants, on dût alors nommer d’autres apôtres que l’on nomme aujourd’hui évêques et des aides à ceux-ci les presbytres (prêtres). Cette Tradition est complétée par les écrits des Pères de l’Église, ces premiers apôtres qui écrivirent leur foi et qui la défendirent contre les hérésies. On peut nommer parmi eux : Cyrille de Jérusalem, Ambroise de Milan, Augustin d’Hippone, Tertullien et bien d’autres (que l’on peut retrouver ici). Ces personnages ont écrit, ils ont pris acte de ce que les chrétiens croyaient et ont combattu les déviances. C’est donc par ce bouche à oreille complété d’écris que la Tradition nous transmet ce que l’Église croit vis à vis de la Vierge Marie ; elle est encore aujourd’hui vierge.Vierge Marie de Rupnik

    Pour compléter cette rapide présentation de la Tradition, nous allons nous attarder sur deux auteurs qui ont abordé le sujet : saint Ambroise de Milan et saint Augustin d’Hippone. Saint Ambroise n’a abordé le sujet que pour lutter contre les helvidiens qui disciples d’Helvidius croyaient que la vierge Marie, après avoir enfanté le Christ de manière virginal, avait eu d’autres enfants de son mari Joseph. Ils s’appuyaient pour cela sur le fait que l’on retrouve dans l’Écriture en plusieurs versets la notion de frères du Seigneur (Mt 12, 47) alors que cette expression est à prendre dans les expressions de l’époque où pouvaient être qualifié de frères et sœurs des cousins ou des amis très proches. Voici ce que nous dit saint Ambroise de la vierge Marie :

« Le Roi d’Israël en personne a franchi ce porche, le Prince en personne y a siégé (cf. Ez 44, 3), quand le Verbe s’est fait chair et a habité parmi nous (Jn 1, 14) comme le Roi siégeant dans le palais royal du sein virginal ou effervescent dans la bouilloire, comme il est écrit : ‘Moab palais d’espérance’, ou : ‘bouilloire de mon espérance’ Moab aula spei, uel olla spei meae. On trouve, en effet, les deux versions dans divers manuscrits. La Vierge est le palais royal, elle qui n’est pas soumise à l’homme, mais à Dieu seul. Elle est aussi la bouilloire qui, par l’Esprit effervescent qui est venu sur elle, a rempli l’univers quand elle a enfanté le Sauveur » De institutione uiginis, 79 [3]

Marie palais royal, porche du Christ.

Saint Augustin pour sa part aborde plus en détail le problème intellectuel de la virginité sans pour autant le déconnecter de la foi. La virginité n’empêche pas la fécondité et de même, la fécondité ne détruit pas la virginité. Il peut dire cela puisqu’il explique à ses auditeurs que Marie ne met pas au monde seulement un enfant, elle met au monde la Tête du corps et que parallèlement l’Église met au monde spirituellement les membres de cette Tête (la Tête étant la représentation classique du Christ par rapport à l’Église). Ainsi la réponse en Matthieu 12 de Jésus aux personnes qui l’interpellent : « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? » (Mt 12, 48) ne dévalorise pas la vierge Marie puisque, au contraire, Marie ne se nourrit que de sa foi au Christ ainsi G. Madec peut résumer la pensée d’Augustin en écrivant : « Marie était plus heureuse de percevoir la foi du Christ que de concevoir la chair du Christ. »[4]

Pour conclure cette rapide étude prenons une citation du sermon 191 qui est l’un des sermons de Noël du saint d’Hippone :

« Marie est vierge avant la conception (ante conceptum), vierge après l’enfantement (post partum). N’allons pas penser, en effet, qu’en cette terre, c’est à dire en cette chair, d’où a germé la Vérité (Cf. Ps 85 (84), 12), l’intégrité ait été perdue »[5]

Notre tendance aujourd’hui est de vouloir tout expliquer, tout formuler et tout prouver par du A+B, mais la foi n’est pas seulement compréhension, elle est aussi confiance. Ainsi même si l’un des mystères de la foi nous échappe il est nécessaire de se rappeler que c’est le Christ qui sauve et non pas la compréhension de tous les détails de la foi. La foi nous invite à un voyage personnel et intérieur qui nous rapproche du Christ et qui, par conséquent, nous déplace hors de nous-même pour nous fait avancer vers la sainteté.


[1] Livres prophétiques : Isaïe, Jérémie Lamentations, Baruch (+ Lettre de Jérémie), Ezéchiel, Daniel (avec compléments), Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie.

[2] « Marie a conçu par l’oreille » : « c’est à dire par la foi accordée aux paroles de l’ange » F. Remigereau in Goulven Madec, « Marie, vierge et mère, selon s. Ambroise et s. Augustin », in Lectures Augustiniennes, Études Augustiniennes n° 168, Institut d’études augustiniennes, Paris, 2001, pp. 281‑294, p. 282.

[3] Ibid., p. 287.

[4] Ibid., p. 290.

[5] Ibid., p. 291.

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2 Comments

  1. Merci, Augustin, pour ce commentaire.
    J’ai vécu 9 ans en Afrique où l’on continue à parler de « mon frère » alors que pour nous ,français, il s’agit d’un « cousin ».
    Quant à la Virginité de Marie : J’y crois mais si quelqu’un arivait à prouver qu’elle a eu d’autres enfants après la naissance de Jésus cela n’enlèverait rien à ma foi en Jésus-Christ, Fils de Dieu et de Marie. Pour moi la Virginité de Marie,après la naissance de Jésus, ce n’est pas une question fondamentale mais une croyance qui relève d’une conviction enracinée dans la Tradition.

    Deneufbourg
    1. Bonjour,
      En effet, heureusement que ce n’est pas le coeur de notre foi puisque que c’est le Christ Jésus qui est source de l’Amour. Pour moi la virginité de la Vierge Marie, même si elle n’est pas essentielle, est une image de cet amour que le Christ nous donne en s’offrant lui-même sur la Croix. Ainsi la virginité de femmes et d’hommes aujourd’hui sont un signe, certes pâles mais quand même un beau signe, de cet amour infini de Jésus qui choisit encore des membres de son peuple aujourd’hui. Ces personnes choisies ayant pour rôle de prier et de montrer une voie, celle du Royaume de Dieu. Leur offrande totale à cet amour de Dieu leur permet à l’image de la Vierge d’être disponible à 100% pour Dieu et pour sa gloire.

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