« Un brillant et bouleversant plaidoyer pour le lieu habité »


Note : * * * * *
Difficulté : * * * *
Editeur : SALVATOR
Paru en : décembre 2018
Nombre de pages : 322

Résumé de l’éditeur :
L’homme de la modernité trépidante, virtuelle, connectée, est-il voué à l’errance ? Demeurer en repos dans la maison, est-ce un rêve nostalgique et peu sérieux ? Sommes-nous définitivement devenus des nomades sans racine aucune ? Des philosophes et des sociologues renommés se font les chantres du déracinement, les prophètes de la mobilité indéfinie.
Pour Bernard Klasen, il y a péril en la demeure. Dans une analyse très fouillée, il réussit ici un plaidoyer exceptionnel en faveur de l’enracinement, de l’habiter, de la maison où l’homme peut se structurer en humanité.
L’homme voyageur du xxie siècle, l’homo viator, ne peut pas vivre sans repères spatiaux, sans l’oasis d’un lieu où il peut se recueillir et construire son intérieur et son intériorité si décriée par les « déracineurs » dans notre modernité tardive.
Klasen instruit en outre le dossier d’un duel entre Heidegger et Levinas. Où sont donc nos racines ? Dans le sol d’un paysage ou bien dans les récits sacrés ? Dans un espace symbolisé ou dans le ciel d’une tradition spirituelle qui serait aussi une demeure ?  

Habiter différemment !

Après la lecture de l’ouvrage du père Bernard Klasen vous n’habiterez plus comme avant. En effet un sujet comme celui du présent ouvrage ne saurait laisser aucun lecteur indifférent car il le renvoie à une composante essentielle de son existence humaine, celui de son rapport à la terre et au lieu qu’il habite.

Force est de constater que la façon dont nous habitons est devenu plus que jamais un enjeu central en ce début de XXIème siècle : le péril écologique qui nous menace doit nous interroger profondément : comment habitons nous ? En effet si ne nous ne décidons pas à prendre soin du lieu que nous habitons, celui-ci risque bel et bien de disparaître, et nous avec.

Habitat ou habitation ?

Le début du livre met en exergue d’intéressantes distinctions sémantiques : en effet l’habitat n’est pas l’habitation, ni le domicile, ni le chez-soi. Le souci d’aller à la racine des mots permet d’identifier différents niveaux de signification, différentes strates porteuses de sens, qui nous révèlent des réalités oubliées mais pourtant fondatrices de notre manière d’habiter.

Une philo de l’habitat.

La partie centrale de l’ouvrage du livre du père Klasen est plus ardue car très philosophique. Le lecteur sera donc ainsi initié à l’étrange concept du Geviert Heideggerien, une notion quadruple unissant terre, mortels, dieux et ciel. Il sera ensuite plongé dans la controverse entre Heidegger et Levinas, ce dernier lui reprochant peut-être à tort son paganisme, c’est-à-dire son fétichisme du lieu, son enracinement excessif.

Il serait trop long d’énumérer les concepts philosophiques développés dans Habiter, tant cet ouvrage est dense. Mais Bernard Klasen ne se contente pas ici de développer des pensées philosophiques, il entre véritablement en dialogue avec elles. Ainsi répond-il avec pertinence aux arguments ce qu’il appelle les déracineurs, intellectuels niant la nécessité de l’enracinement et jugeant l’habitat obsolète, en tant que l’homme moderne serait entré dans l’ère du nomadisme. 

Clair et vivant.

La complexité des notions abordées ici pourrait à première vue rebuter un lecteur non aguerri à la philosophie, mais le génie du père Bernard Klasen est de pouvoir aborder des concepts ardus tout en les présentant toujours de manière claire, vivante, et directe. La plume du père Klasen, de même que son langage, est toujours particulièrement soigné et fleuri, ce qui teinte la lecture d’Habiter d’un charme particulier.

Les excursions ponctuant la fin de chaque chapitre sont en outre particulièrement originales et éclairantes, elles vous feront voyager parfois très loin et vous feront découvrir des horizons nouveaux. Alors que le drame de la philosophie est de parfois paraître trop abstraite et désincarnée, louons Bernard Klasen qui a le souci d’illustrer des propos philosophiques par des  exemples issus de disciplines artistiques aussi variées l’architecture, le cinéma ou bien encore la sculpture, et tirés de cultures du monde entier. C’est en cela qu’il est bien plus qu’un philosophe : il est, osons le dire, un homme habité au sens le plus noble terme.

Bernard Klasen, docteur en philosophie, est prêtre du diocèse de Nanterre. Il enseigne l’architecture sacrée à l’Institut catholique de Paris.

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